Produit et organisé depuis 2018 par l’association Art&Jardins - Hauts-de-France, le Festival de jardins des Hortillonnages d’Amiens devient international. Il met en scène cette année pas moins de cinquante créations artistiques de scénographes, plasticiens et paysagistes, à découvrir à pied ou au fil de l’eau. Une invitation à poser un autre regard sur une nature, façonnée par l’Homme certes, mais qui n’en reste pas moins sauvage, à sa façon.

Les hortillonnages forment, au cœur des marais, un paysage de parcelles de terre créées et cultivées uniquement par des maraîchers jusqu’en 1930. La technique employée consiste à monter des planches de cultures les unes à côté des autres, d’une dizaine de mètres de terre, séparées par des fossés (rieux) dont on enlève la vase des côtés. Peu à peu, les terrains se sont enfrichés avec l’abandon des parcelles et surtout des cultures depuis les années 80. Aujourd’hui, il ne reste plus que sept maraîchers. Les hortillonnages sont ainsi devenus un lieu à usages récréatifs pour les propriétaires privés, chasse, pêche, jardins d’agrément etc. Il en est de même pour les acteurs publics. Le site est d’un intérêt touristique et environnemental majeur. Les trois cents hectares en zone Natura 2000, s’étendent jusqu’au parc du Marquenterre, lieu de reproduction des oiseaux de la baie de Somme.

Des espaces hautement sensibles donc qu’il convient de préserver. Ainsi, leur mise en valeur pour le festival résulte d’une volonté d’ouverture au plus grand nombre porté par l’association Art&Jardins - Hauts-de-France : « Il y a beaucoup de poésie pour faire regarder différemment les lieux et porter attention à ce qui nous entoure. C’est aussi un accès à la culture pour tous grâce à un prix modique pour les barques. Les artistes donnent à réfléchir sur leurs œuvres, parfois leurs écrins sont ce qu’il y a de plus important ! », explique Gaël Chabin, directeur technique du festival.

Avec des créations poétiques, drôles, émouvantes, que certains trouvent jolies ou laides mais toujours surprenantes, les hortillonnages se montrent sous un jour nouveau. Embarquement pour une balade pleine de fantaisie au fil de quelques sites installés dans l’étang de Clermont.

Première étape, le « Potager embarqué ». Pérenne depuis 2002, il réconcilie le consommer et le produire local, du marais à l’assiette, avec des légumes poussant dans des canots et des cageots. Puis, en passant devant le jardin des rives, qui met en valeur les saules à feuilles de romarin, on débouche soudain sur « Affaissement ». Une colonne penchée soutenue par un enchevêtrement de bois calcinés, une métaphore des hortillonnages rappelant l’éphémère de nos espaces construits.

Dans le « Potager embarqué » poussent des légumes dans des cageots. ©Isabelle Cordier

Vient ensuite « Sphère nourricière », un univers de gouttes fertiles, des calebasses plantées, pour retrouver l’abondance d’une agriculture respectueuse au sein d’une biosphère à l’équilibre restauré. Les vertus des techniques agro-écologiques y sont illustrées le long d’un parcours pédagogique. Plus loin, « L’île de la pépinière », dédiée au maintien des berges, est un réservoir de matériaux et une zone d’expérimentation pour la ville d’Amiens. Plus de 3 000 saules d’essences différentes y poussent en bandes agricoles. En un saut de batracien, les sphères végétales de « Fragments » se dévoilent. Inspirées du kusamono, une technique japonaise, elles réunissent toutes les plantes des hortillonnages. Le paysage de l’eau, avec ses espèces aquatiques et sauvages, est ainsi transporté au cœur des parcelles et témoigne de son ambiguïté entre nature et artifice.

Juste derrière, on aperçoit l’hydrophone, une cabine téléphonique transformée en hutte d’observation, à l’écoute du monde aquatique, grâce à son annuaire original : celui des sons des insectes d’eau et du petit peuple des invertébrés !

Une cabine téléphonique a été transformée en hutte d’observation. ©Isabelle Cordier

Enfin, en contournant la berge par le « Miroir aux alouettes », une singulière ode aux naufrages, on arrive sur la « Chasse aux fleurs », une cabane de chasse recréée avec humour. Recouverte de fleurs, elle symbolise le nouveau camouflage indispensable aux huttes traditionnelles pour passer inaperçu dans un marais transformé en mosaïque de jardinets colorés.

La « Chasse aux fleurs » est une cabane de chasse revisitée et recouverte de fleurs. ©Isabelle Cordier
Isabelle Cordier

Le potager embarqué : Florent Morisseau, paysagiste.

Le jardin des rives : Studio basta - Kenny Windels et Bert Busschaert, paysagistes.

Affaissement : Simon Augade, plasticien.

Sphère nourricière : Manon Bordet-Chavanes, Marie Bregeon et Johann Laskowski, paysagistes.

L’île de la pépinière : Fanny Antoine Milhomme et Jean-Philippe Teyssier, paysagistes.

Fragments : Collectif Gama - Mélanie Gasté et Aurélien Albert, paysagistes.

Hydrophone : Collectif PIP - Julian Arthur, Georges Richardson et Alex Stenzhorn, paysagistes.

Miroir aux alouettes : Boris Chouvellon, plasticien.

Chasse aux fleurs : Joost Emmerik, paysagiste.