Alors que nombre de donneurs d’ordre publics ont mis en pause leurs chantiers d’aménagement pendant l’épidémie de Covid-19, l’activité du paysage est au ralenti depuis plus d’une semaine. Chez les concepteurs, il semble que l’heure soit au télétravail quand c’est possible. Le cabinet Land’Act (né en 2015 de la fusion de TUP et Traitvert) a ainsi annoncé par mail dès le 17 mars avoir permis aux personnels le pouvant de travailler à distance pour préserver leur santé. L’entreprise demande de privilégier les contacts par mail et téléphones portables, les fixes étant devenus inopérants.

Chez les entreprises du paysage, hormis quelques entreprises unipersonnelles installées dans des zones peu peuplées où travailler sur les chantiers n’entraîne que peu de contacts humains directs, l’activité est aussi quasiment à l’arrêt. L’Unep, Union nationale des entrepreneurs du paysage, notait le 20 mars que la plupart des entreprises avaient, dès le 17 mars, date du début du confinement, demandé des mises en activité partielles. L’entreprise d’élagage Serpe communiquait pour sa part à la même date réduire son activité aux seules urgences.

Ces décisions semblaient évidentes : comme le notait l’Unep les entreprises « ne savent comment transposer dans les pratiques métier les ‘gestes barrière’ et ne peuvent se procurer de gel hydroalcoolique ou masques » et l’essentiel des donneurs d’ordre avaient demandé l’arrêt et le report des interventions. Mais elles se sont avérées en contradiction avec l’appel du Chef du gouvernement le 19 mars à poursuivre ou reprendre l’activité d’un certain nombre d’activités, dont les travaux publics. Les acteurs des TP ayant des contraintes techniques proches de celles des espaces verts, l’Unep a estimé être appelée à reprendre le travail, et a envoyé le 20 mars au Premier ministre Edouard Philippe, par la voix de son nouveau président Laurent Bizot, une lettre pour lui faire part du désarroi dans lequel se trouvait la profession.

Sur le terrain, des contradictions devenues intolérables

L’Unep explique dans sa lettre que « notamment sur le terrain, des messages contradictoires sont opposés aux entreprises avec des ordres de services d’arrêt de chantier de la part de donneurs d’ordres publics (y compris la ville de Paris), de contrôles de police et gendarmerie où certains salariés ont failli être verbalisés du fait du caractère non stratégique de leur activité et ont été contraints à faire demi-tour, ou bien même de l’inspection du travail qui lors de contrôles téléphoniques cette semaine ont confirmé le bienfondé de l’arrêt de l’activité ».

Et l’Unep d’explique que « ces informations, actions et communiqués institutionnels contradictoires nous placent actuellement dans une situation d’incertitude intolérable ».

Pour remobiliser la profession, les entreprises du paysage ont fait part au Premier ministre de demandes précises :

- Mettre à disposition des entreprises de la filière un protocole pour assurer la sécurité, la santé et l’intégrité des salariés, allant éventuellement jusqu’à la mise à disposition de tests de dépistage. Ce protocole, qui devra être coécrit avec des professionnels, et devra être validé par les Ministères du Travail et de la Santé ;

- S’engager sur le fait que la responsabilité du chef d’entreprise ne sera pas engagée si un salarié contracte le virus sur son lieu de travail dès lors qu’il aura mis en place le protocole ci-dessus évoqué ;

- Préciser les conditions de l’exercice du droit de retrait pour les salariés ;

- Confirmer aux entreprises de la filière que celles-ci sont éligibles à l’activité partielle compte tenu des difficultés que toutes connaissent et qui sont évoquées ci-dessus.

- Garantir le fonctionnement des organismes payeurs et l’effectivité des règlements des prestations (marchés publics) déjà réalisées (ou qui le seront à la reprise) ;

- S’assurer que tous les acteurs publics se conforment à la ligne gouvernementale (inspection du travail, donneurs d’ordres publics, autorités de contrôle, etc.).

Et l’Unep de conclure que « sans réponses à ces problématiques et avec les difficultés d’approvisionnement en fournitures que nous connaissons, nous ne pourrons qu’appliquer un principe de précaution pour protéger le chef d’entreprise, ses salariés et la société ». A suivre, donc, mais comme dans de nombreux secteurs d’activité, la situation est difficile dans le secteur du paysage.

Pascal Fayolle