Nous enquêtons sans cesse, auprès des producteurs (petites ou grandes exploitations), auprès d’entreprises du paysage et collectivités, de structures professionnelles, d’écoles, de points de vente…. Une première partie de témoignages, issus d’une enquête Lien horticole, a été restituée dans l’actu « Cultures/emplois : comment procèdent les producteurs ? ».
Nous poursuivons ici avec deux exploitations de production dans des lycées horticoles, sites qui, comme chez les professionnels, poursuivent autant que possible une activité a minima.

Coutances : protection et poursuite des activités, sous protection

Au campus horticole de Coutances (50), l’équipe a pris rapidement des mesures drastiques, parmi lesquelles : « Un objectif de crise est de tendre vers un allégement de la charge de main d’oeuvre afin de réduire encore les risques sanitaires pour les acteurs… tout en assurant la maintenance et la fonctionnalité de notre outil », assure Laurent Richard, directeur de l’exploitation. Les personnels sont mobilisés hors week-end ; des mesures drastiques pour les protéger sont mises en œuvre, à titre d’exemple, en plus des gestes barrière de base : distanciation des personnes à la production (pas de travail conjoint), réunions internes dans la salle de cours, maintien des portes ouvertes (dans la mesure du possible), javellisation des poignées de portes quatre fois/jour, activité commerciale réduite au minimum (commandes à distance pour les dahlias) et vente de légumes (clients habitués), lavage des mains systématique en cas de rendu monnaie, aucune visite autre que livreurs et acheteurs de légumes…

Et, concrètement, déjà des conséquences sont mesurables :
. 20 000 plants d’annuelles dont il a fallu augmenter les volumes des contenants afin de repousser au maximum le stade de vente ;
. pincements sévères - lorsque possible ;
. simplification des produits afin de réduire au maximum la maintenance (suppression des suspensions, homogénéisation des contenants…) ;
. reconditionnement des vivaces ;
. récolte des fraises sans assurance de commercialisation ;
. destruction de certaines annuelles de saison…

Un coup de vent du 23 mars 2020 a provoqué des dégâts sur les arbres et sur des tunnels. Photo dans l’exploitation du site horticole de Coutances (50).©Campus Coutances

Coutances (suite) : malgré la tempête !

Laurent Richard donne des nouvelles régulières de la vie dans son exploitation, via une newsletter. Dimanche 5 avril (eh oui, la communication, c’est souvent un travail en plus de tout, le week-end aussi ), il relatait : « La sécurisation du point de vente a été mise à niveau par l’isolation du poste de caisse, un marquage au sol afin d’assurer la distanciation durant la pesée, une limitation du nombre de personnes dans l’espace de vente à deux (attente sur le parking si supérieur), intégralité des denrées alimentaires fraîches stockée dans la chambre froide et distribuée à la demande par le personnel de l’exploitation (pas de contact avec la clientèle).
Pour la partie horticole, les activités de remise à niveau se poursuivent sur la pépinière. Du fait de l’autorisation de commercialisation des plants légumiers et aromatiques, mis en avant sur le point de vente ; leur production va être relancée dans les semaines qui viennent.
La commercialisation des produits ornementaux reste à un niveau très faible (professionnels sur commande).
La mise en place d’un système drive est à l’étude (pour les dahlias notamment).
Par contre, la nature ne fait pas de pause : un coup de vent du 23 mars a provoqué des dégâts sur les arbres avec de nombreux bris de branches. Et il faudra débâcher deux tunnels (bâche déjà endommagée en février 2019) ainsi qu’arrachage de la bâche du petit tunnel… plus le traditionnel renversement des pots…

En tant que point de vente spécialisé, les clients nous font plus confiance

Avec le confinement, Philippe Mathé, responsable exploitation à l’EPL (lycée agricole) de Saint-Germain-en-Laye (78), ne peut vendre que les produits jugés « de première nécessité, donc alimentaires ». Avec, en plus, l’arrêt brutal des marchés, la semaine passée encore il pensait renforcer la vente de ses fruits et légumes via la livraison à domicile, voire ce qu’il est possible de faire par drive, et continuer les paniers déposés sur des points de collecte par exemple à la mairie. « En tant que point de vente spécialisé, les clients nous font plus confiance. Seulement, il faudrait une communication nouvelle pour la vente à distance ; tout cela n’est pas notre mode habituel de vente et de travail. Et cela n’écoule pas tout : nous restons en surproduction, d’autant que, pour les clients, les légumes tels que les radis, salades, épinards… ne sont pas jugés comme des produits « de nécessité », donc nous devons jeter. Dans nos paniers de légumes, parfois nous ajoutons gratuitement des bisannuelles, plutôt que de les jeter ».
Côté plantes d’ornement, le show-room de vente est « rubanisé » (entouré de ruban) afin d’orienter les clients uniquement sur les légumes et les empêcher d’aller ailleurs.

Par ailleurs, tous les élèves (lycéens, apprentis, adultes) sont rentrés chez eux, donc pas de TP, pas de permanences. Impossible d’embaucher car les dépenses sont énormes sans réaliser les ventes prévues. Et de nombreux problèmes vont se poser pour assurer la fin des formations et les examens(2).

Odile Maillard

(1)Autres témoignages à venir dans les jours à venir

(2)Cet aspect sera traité dans une autre actualité sur la situation pedagogique