Pour le secteur des productions horticoles (floriculture, pépinière et maraîchage essentiellement), ce premier forum « Ensemble, pour recruter et former aux métiers des productions horticoles en Bretagne » a eu la bonne idée de mettre en présence des acteurs officiels de l’enseignement et du recrutement, des écoles et centres de formation, et des entreprises. Chacun, seul, ne peut rien face aux bouleversements auxquels font face à la fois les écoles et les employeurs de nos filières.

Nos métiers sont mal connus et connotés

Des statistiques, relevées à son niveau par l’Anefa Bretagne, ainsi que sept témoins (inspecteur, formatrice, élève, exploitante maraîchère, un pépiniériste, un responsable de production en collectivité…), sans oublier les réactions dans la salle, ont permis de dresser un bilan de multiples fossés qui se creusent.

Nos métiers sont méconnus, ou sont jugés pollueurs.

Les jeunes ne sont plus préparés à l’effort, à la concentration, à la persévérance.

Ceux qui ont envie de nos métiers ne rêvent plus que maraîchage bio. Les adultes en reconversion ne jurent que par la permaculture mais il n’y a pas de formations spécifiques et nul ne peut leur assurer une pérennité économique.

Les jeunes qui réussissent poursuivent leurs études et/ou suivent des carrières ou des parcours de moins en moins linéaires (sous-entendu ne restent pas longtemps dans les entreprises qui ont participé à leur « formation » sur le terrain).

Les salariés en CDD ne sont pas suffisamment formés et difficilement fidélisables.

Les entreprises ont du travail mais peinent à recruter… Les métiers sont connus pour être pénibles et mal payés.

L’image négative de nos métiers, très en amont auprès des professeurs des collèges et lycées, des centres d’orientation, et par conséquent auprès des parents, continuent de freiner les élèves dans leurs choix de formations professionnelles.

Malgré l’environnement sociétal favorable à l’environnement, nos filières et nos métiers sont mal connus, connotés… ou tout juste bons pour les mauvais ou très mauvais élèves. Il ne faut pas généraliser mais les témoignages ont été nombreux et font mal : « vous allez ruiner l’avenir de votre fils si vous l’envoyez en production » ; « tu es un bon élève, tu mérites mieux que d’aller en formation professionnelle »…

Sans compter que parents et orienteurs ne connaissent généralement pas le terme horticulture, et la diversité des métiers qu’il recouvre.

Par ailleurs, des ateliers sur trois thématiques – la représentation de nos métiers, les compétences spécifiques et mieux communiquer – ont eu le mérite de faire participer la soixantaine de personnes présentes. Aspects positifs et freins/difficultés – chacun à son niveau – ont pu être relevés. Le temps a manqué pour approfondir chaque idée, l’ensemble des pistes évoquées pourra nourrir de prochaines réflexions.

Nous avons beaucoup à faire mais c’est possible ; des branches professionnelles comme la restauration ou le BTP ont su travailler à la fois sur leurs conventions collectives, leur image, la modernisation des métiers, la réduction de la pénibilité des tâches…

Dans deux dossiers du Lien horticole… il y a environ 10 et 15 ans, nous avions déjà relevé des solutions mises en œuvre dans diverses régions et secteurs professionnels.

Une mobilisation, a minima, nécessairement locale

Bref, tout n’est pas négatif, mais surtout il reste beaucoup de travail à faire pour donner envie d’horticulture, et même donner envie de venir dans le paysage.

C’est ce à quoi devraient s’attacher les participants dans une seconde journée, d’ores et déjà actée, au moins sur le principe.

Les échanges ont permis tout juste d’évoquer mais pas de développer les bonnes idées, les actions positives ici ou là, les systèmes d’aides – simples mais méconnus - pour faciliter les recrutements. C’est le principal chantier à engager, tous acteurs ensembles.

De la sensibilisation dans les maternelles au recrutement (très positif) jusque sur le parking des fêtes comme les Vieilles charrues, en passant par un pôle dédié à nos métiers au prochain Salon de l’agriculture (avec immersion dans la réalité virtuelle), les occasions de reverdir l’image de nos filières et de nos métiers sont nombreuses.

Chacun doit les saisir, à son niveau local souvent. Mais aussi au niveau national et international.

Une mobilisation idéalement nationale et internationale

A moyen terme, les journées internationales IHC 2022 d’Angers et les Olympiades mondiales à Lyon en 2023 sont à saisir pour montrer combien nos filières et nos métiers se sont modernisés, sont bien ancrés dans les problématiques sociétales et environnementales, permettent de vrais parcours professionnels. La DGER et l’interprofession Val’Hor* s’y emploient mais doivent être soutenues dans leurs efforts.

Et si cette journée était centrée sur les problématiques relevées en Bretagne, nul doute que le sujet mériterait un séminaire national - au même titre, ou – rêvons un peu - plutôt en même temps que les séminaires de l’Unep pour le paysage. Ce syndicat a fait – de longue date - de la formation-recrutement l’une de ses priorités majeures pour son développement futur.

Témoignez

A noter - pour en savoir plus : Lien horticole prépare :

. une enquête sur la formation-recrutement ;

. un dossier spécial recrutement dans son édition de juin prochain.

Si vous voulez témoigner, notamment sur les solutions et actions concrètes et efficaces, contactez la rédaction sur le mail maillar@lienhorticole.fr

*Mikaël Mercier, son président, a bien entendu les appels à soutien, mais rappelé que la formation est à la charge des familles/branches professionnelles ; l’interprofession étant missionnée pour valoriser l’excellence française, notamment via les concours métiers.

Odile Maillard