Parmi les différents métiers de la filière du végétal, les producteurs feront à coup sûr partie de ceux qui vont le plus souffrir de la crise engendrée par l’épidémie de Covid-19. Parce que la profession est déjà un peu fragilisée- la dernière étude menée par FranceAgriMer a montré que la moitié des entreprises de production en France sont dans des situations sensibles ou fragiles-, mais aussi parce que l’arrivée du virus tombe en plein début de saison de printemps. Beaucoup de producteurs avaient de grosses opérations commerciales calées avec des enseignes sur la semaine suivant directement la fermeture des magasins imposée au niveau national le 14 mars en soirée pour le lendemain. « Une entreprise angevine devait expédier pour 500 000 euros de végétaux à cette date, soit 10 % de son chiffre d’affaires annuel, elle ne facturera rien », explique Julien Legrix, directeur de la FNPHP. Une catastrophe, alors même que le 15 mars a été un dimanche magnifique, qui aurait surement généré un joli chiffre d’affaires dans les points de vente.

Les producteurs, encore sous l’effet du coup de massue provoqué par les annonces gouvernementales, n’ont souvent pas encore décidé s’ils devaient mettre à la benne les séries de plantes prêtes à être livrées ou bien tenter de les maintenir en bon état pour le cas où la durée de fermeture des magasins serait au final relativement courte.

Trois actions principales

La Fédération prépare un courrier au ministre de la Santé pour le sensibiliser sur la question des légumes produits par les amateurs. « L’autoconsommation des jardiniers représenterait 30 % de la production de fruits et légumes en France et les maraîchers rencontrent des problèmes de main d’œuvre. Il faut donc que les élus prennent conscience de ce que cette production représente en termes d’enjeux de nourriture saine pour les citoyens ». Et en termes économiques pour les fournitures de plants maraîchers par les producteurs.

Mais les principales actions du syndicat auprès des horticulteurs sont de trois ordres :

-Assurer la continuité de la production, car ne plus faire travailler les salariés hypothéquerait l’avenir des entreprises ;

-Soutenir les trésoreries car les achats d’intrants ont tous été réalisés et les ventes vont être nulles pendant plusieurs semaines, il faut donc que les aides de l’Etat promises soient mises à disposition des entreprises facilement et rapidement. Et de ce point de vue le comportement des banques auxquelles les producteurs ont demandé de l’aide est contrasté, selon Julien Legrix ;

-Enfin, la Fédération accompagne les entreprises dans leurs démarches pour obtenir des compensations de perte de chiffre d’affaires.

Assurer dans la durée

Dans l’hypothèse où les ventes seraient suspendues trois mois, la Fédération estime que la perte pour les producteurs pourrait aller jusqu’à 1 milliard d’euros. Et si le travail dans les entreprises de production n’est plus possible, que la moitié la plus fragile vienne à disparaître, jusqu’à 10 000 emplois pourraient être menacés (la production emploie un peu plus de 20 000 personnes en France). Toutefois, il ne faut pas perdre de vue non plus les perspectives qui pourraient s’ouvrir lorsque les magasins vont rouvrir. En imaginant qu’à cette période, l’activité des Pays-Bas soient freinée par une gestion risquée de la crise sanitaire, les producteurs Français disposant de produits et d’une logistique en état de fonctionner pourraient vite reconstituer leur trésorerie. Julien Legrix voit au-delà : la suite d’une telle crise, ce peut être « pour de nombreux acteurs de la filière une redécouverte du sens à donner à son travail ». Avec des conséquences sur les choix des fournisseurs, valorisant plus la proximité… Parmi les entreprises qui ont fait le choix de jeter les séries qui ne pourront être vendues, Julien Legrix voit deux profils, ceux qui sont désespérés, et ceux qui font le pari que le rebond sera fort et profitable en termes de perspectives d’avenir pour les producteurs. Sans compter ceux qui feront le même pari sans avoir encore fait table rase des plantes prêtes en serre. Dans un cas comme dans l’autre, il faut absolument cependant que la situation ne dure pas trop longtemps, que les salariés puissent poursuivre leur travail dans les serres, et que les trésoreries tiennent le choc. Val’hor a affirmé la volonté de la filière de se mobiliser conjointement pour porter auprès des pouvoirs publics les difficultés rencontrées par les entreprises, de veiller à la cohésion de la filière et de mettre en oeuvre un plan de relance dès l’issue de la crise. Tout le monde croise les doigts pour que les planètes s’alignent bien…

Pascal Fayolle