« Bonjour, je suis un petit horticulteur du Cher, et en pleine crise du Covid-19. Notre profession va mourir ! Quand je vois que le gouvernement canadien a classé en moins d’une semaine nos produits en « essentiels »…Vous, presse, avez un rôle à jouer en communiquant… Notre profession ne se sortira pas sans mal de cette crise ! » alerte Jean Duchezeau, Ets horticoles éponyme de Sancoins (18).

Ce type d’appel, ajouté à d’autres (locaux, départementaux, régionaux ou nationaux), donnent une idée des angoisses sur le terrain. Dans les serres, dans ses cultures, le résultat et là : que faire ?
Nous enquêtons sans cesse, après des producteurs (petites ou grandes exploitations), auprès d’entreprises du paysage et collectivités, de structures professionnelles, d’écoles, de points de vente…. Une première partie de témoignages, issus d’une enquête Lien horticole, a été restituée dans l’actu « Cultures/emplois : comment procèdent les producteurs ? ».

Un jardin… où le vivant nous ramènera à la vraie valeur des choses

Monique, Thierry et l’équipe du Jardin de Berchigranges n’ouvrent pas les portes de leur jardin d’exception à 650 m d’altitude, entre Gérardmer et le Tholy dans le massif des Vosges (à Berchigranges près de Granges-sur-Vologne - 88) : « pas avant la fin de la crise que nous vivons. Vous allez nous manquer terriblement en ce début de saison. Ne pas partager ces premiers moments de fête printanière... […] La vie est notre bien commun et le jardin est le lieu essentiel pour la célébrer. Nous y travaillons encore plus fort pour qu’il soit prêt à vous accueillir, au calme après la tempête. Nous vous préparons des moments de paix, des voyages sans limites où le vivant nous ramène à la vraie valeur des choses ».

« A la reprise, soyez solidaires, consommez français ! »

Mickaël Moal, producteur de plants de pépinière sur la commune de Mespaul (29), et président du pôle horticole Kerisnel(2), lance un appel à la solidarité envers les producteurs français, et pour sauver nos végétaux… produits vivants : « La santé de tous est notre priorité. La coopérative assure le service minimal aux clients […]. Sur nos exploitations, la situation est différente. Le végétal est vivant, il demande une attention particulière chaque jour pour maintenir des plants de qualité et en bonne santé : arrosage, rempotage, taille… L’activité se poursuit en intégrant les gestes de précautions essentiels à la sécurité de tous.
Malheureusement les débouchés ne sont plus là. Cette crise intervient en plein cœur d’une activité saisonnière. En effet, Kerisnel réalise habituellement la moitié de son CA annuel sur le printemps... Aujourd’hui, nous ne vendons plus. Nous ne sommes plus rémunérés.
Les plants ne pouvant quitter nos productions, ils vont être détruits car périssables. C’est un véritable crève-cœur pour nos producteurs d’être contraints de détruire tant de végétaux au vu des volumes et des différents coûts engendrés par la production (intrants, main d’œuvre, chauffage, emprunts bancaires…) ainsi que par la destruction.
Chaque exploitation de la coopérative est autonome. Certaines sont déjà dans des situations de grande fragilité. A chaque jour qui passe, malheureusement, la situation est toujours plus tendue. Pour tous, la situation va se complexifier si la reprise d’activité tant souhaitée ne suit pas à la fin du confinement. Une partie des invendus de ces dernières semaines va être retaillée pour des ventes en plus gros litrage la saison prochaine. Pour autant, il va falloir leur trouver de la place pour les stocker tout en assurant les futures mises en culture, leur entretien, leur arrosage… et faut-il encore que ces produits puissent trouver leur place sur le marché.

De fait, nos producteurs s’interrogent. La crise sanitaire que nous traversons est inédite. Nous ne connaissons pas sa fin. Toutefois nous nous devons de penser à la suite. C’est l’objet de l’appel que nous passons aujourd’hui. Dès lors que cette crise sera derrière nous, nous vous demandons de bien vouloir faire preuve d’une solidarité sans faille pour accompagner nos exploitations dans la reprise d’activité.
La production française est reconnue pour être très qualitative, pour vos achats de végétaux soyez solidaires, consommez français ! ».

Odile Maillard

(1) Déjà publié : « Exploitations d’écoles : Retours du terrain », + autres témoignages à venir.

(2) Kérisnel, coopérative de producteurs de plants de pépinières, de plantes fleuries, et de plants potagers, soit 33 exploitations sur la côte nord du Finistère, dans un rayon de 30 km autour de Saint-Pol-de-Léon.