« Avant, nous cherchions des clients. Actuellement, ce sont eux qui nous cherchent. » Cette phrase introductive d’une intervention de Michel Le Borgne, président du pôle paysage de la Fédération nationale des producteurs de l’horticulture et du paysage (FNPHP), illustre bien l’air du temps.

Dans l’abbaye de Royaumont, à Asnières-sur-Oise (95), où la nouvelle équipe d’élus de la FNPHP avait choisi d’organiser son congrès annuel, le 14 et 15 juin, après des mois sans quasiment un événement professionnel, la joie de se retrouver était palpable.
Le cadre idyllique a aussi participé à construire un moment qui devrait rester dans les mémoires.
Mais au fond, le fait de boucler une saison qui, de l’avis général, a été excellente, est certainement l’ingrédient qui a le plus contribué à donner ce goût assez inédit au congrès. On y a parlé de relocaliser, de doubler la production en France… Inimaginable il n’y a encore que quelques mois !

25 millions d’euros pour 414 dossiers

Mikaël Mercier, président de Val’hor, a reçu une ovation pour sa présentation de la gestion de la crise, couronnée par l’inscription des produits horticoles sur la liste « positive » par le gouvernement, celle des produits de première nécessité qui peuvent être vendus pendant les confinements. Un travail collectif que l’on doit aux dix familles de Val’hor, rappelle-t-il toujours, mais qui donne à la filière un sentiment de victoire que le monde de la production n’a pas connu depuis longtemps.

Il a précisé au passage que les dossiers de la fameuse enveloppe de 25 millions d’euros destinée à indemniser tous ceux qui ont dû jeter des plantes au plus fort de la crise, en mars 2020, avaient été traités. Les 414 demandes envoyées représentent un montant de 24,7  millions : l’ensemble pourront donc être honorées.

Même les absents ont fait un tabac. Julien Denormandie, ministre de l’Agriculture, a simplement envoyé un message lu par Marie Levaux, présidente de la FNPHP, pour dire qu’il pensait à la profession.
La présidente de la FNSEA, Christiane Lambert, a, elle, enregistré une vidéo dans laquelle elle expliquait combien les démarches et les approches de la FNPHP étaient proches de celles du syndicat agricole majoritaire.

Tous deux ont reçu de chauds applaudissements, sûrement inaudibles du Portugal où ils étaient présents pour une réunion des ministres de l’Agriculture européens, mais dont les échos sont vraisemblablement remontés à leurs oreilles… L’ambiance était comme le temps, au beau fixe.

Changer de regard sur le métier, pour le valoriser

La bonne centaine de congressistes réunie dans l’ambiance de l’abbaye ont donc vécu un moment bien particulier, une belle récompense pour la nouvelle équipe dirigeante du syndicat, élue l’an dernier.

Marie Levaux a rappelé la nécessité de l’engagement : « s’engager est un verbe réfléchi qui implique que le sujet devienne l’objet, le plus fort étant nous nous engageons, ce qui implique de s’engager ensemble ». Ensuite, le nouveau bureau a profité du congrès pour présenter la feuille de route de son action pour les prochaines années. Les protagonistes ont cherché à changer de regard sur trois points : les produits et leurs usages, les entreprises et leurs outils et moyens humains et, enfin, comment concilier ces deux analyses.

Le végétal est au cœur de nouvelles attentes de la société, les Français confinés ont cultivé dans tous les espaces à leur disposition. La présence d’un jardin donne de la valeur à un bien, c’est visible dans les transactions immobilières. En plus de ses qualités esthétiques, la plante doit être fonctionnelle. Les consommateurs veulent un végétal produit en France, vendu en circuit court, efficace contre le changement climatique. La profession dispose d’une marchandise dans l’air du temps, la richesse de la gamme est infinie et doit être encore mieux valorisée pour ce qu’elle représente en termes d’histoire ou de biodiversité.
Les producteurs doivent, par contre, encore se faire entendre sur des sujets sociétaux comme la disponibilité en eau ou l’empreinte carbone des produits. Au-delà de ces aspects concernant la production, il faut aussi changer de regard sur le métier pour le valoriser et attirer des jeunes, s’imprégner des évolutions de la société et de ses modes de communication, les réseaux sociaux, etc.

Six verbes pour six actions

De ce travail d’analyse, la nouvelle équipe d’élus de la FNPHP a cherché les moyens de se mettre en action, synthétisés en six verbes.
Transmettre
, car il faut trouver de jeunes repreneurs pour perpétuer le métier, c’est indispensable pour assurer le made in France.
Communiquer
, en faisant par exemple connaître les labels, ou avec les jeunes pour rajeunir la moyenne d’âge des consommateurs.
Il faudra aussi valoriser, prévoir, en anticipant par exemple les besoins en jeunes plants, plus que jamais nécessaires pour accompagner la relance de la production hexagonale.
Il va falloir enfin dynamiser et accompagner, en travaillant plus en commun ou avec des outils qui ont fait leurs preuves comme Végéstock.
Reste à transformer ces idées, il faudra pour cela de l’énergie, mais nul doute qu’elle était parfaitement palpable lors du congrès, c’est de bon augure.

Pascal Fayolle