Selon une tradition bien ancrée, les représentants du marché d’intérêt national (MIN) de Rungis et des professionnels de l’horticulture se sont retrouvés au palais de l’Élysée le 1er mai pour offrir au couple présidentiel une belle coupe de muguet, labellisée Fleurs de France, évidemment. C’est Stéphane Layani, président-directeur général de Semmaris (le marché de Rungis) qui s’est exprimé devant le président de la République et son épouse et les ministres Julien Denormandie, à l’Agriculture, et Alain Griset, chargé des Petites et Moyennes Entreprises.
Il a tenu à évoquer l’avenir, « même si la crise n’est pas encore tout à fait derrière nous », et a remercié le président de la République, qui, en accueillant les professionnels chez lui, apporte une forme de reconnaissance « aux gens en deuxième ligne », comprend ceux qui se situent juste derrière les soignants et qui sont aussi indispensables car, travaillant dans le secteur des métiers de bouche, ont contribué à nourrir les Français pendant ces mois compliqués.

Il a aussi rappelé que, sur les 12 000 salariés du marché de Rungis, seuls 200 ont contracté le virus et aucun décès n’a été enregistré, signe que le protocole sanitaire mis en place a été efficace.

La tradition du muguet, représentative de ce qu’est le secteur horticole

Emmanuel Macron a pris la parole pour constater tout d’abord que la cérémonie de cette année était bien dans l’air du temps. Pas intimiste comme l’an dernier, quand au cœur même du premier confinement, seule une poignée de professionnels avaient pu se retrouver à l’Élysée. Mais pas non plus une retrouvaille digne des années où cette célébration rassemble un public très nombreux. Cela « dit beaucoup des défis qui sont les nôtres », a précisé le président de la République.

La tradition du muguet est pour lui représentative également de ce qu’est le secteur horticole. La fleur est « une spécialité de beaucoup de régions, semble une fleur innocente, mais elle est en fait très sophistiquée, et surtout demande un travail colossal pour arriver à l’heure : un brin de muguet fleuri le 10 mai est forcément peu intéressant ! Enfin, sa culture représente l’emploi de dizaines de milliers de personnes pour que la cueillette s’effectue à temps ». Et pour Emmanuel Macron, on peut voir dans cette temporalité les contours d’un autre défi qui nous attend : le changement climatique. Respecter la tradition tout en s’adaptant fait partie des problèmes qui devront être résolus. Le président s’est amusé au passage du fait que la culture du muguet dure cinq ans, soit un quinquennat, et qu’elle produise « peu de fleurs les deux premières années » !

La filière est restée soudée, a résisté

Mais on peut retenir surtout qu’Emmanuel Macron s’est ensuite montré proche de la filière horticole, saluant Val’hor et les fleuristes, leur rappelant que l’an dernier « beaucoup avait été gâché » en raison de la pandémie, mais que les décisions qui ont été prises en concertation avec les professionnels ont permis aux points de vente horticoles de rester ouverts, allusion au combat important mené par l’interprofession, avec l’appui de l’ensemble des familles qui la composent, pour obtenir le statut de « produit essentiel ». « La filière est restée soudée, a résisté », estime-t-il, rappelant aussi que la production française avait désormais, avec le label Fleurs de France, la reconnaissance qu’elle mérite, et que la profession a su réaliser sa transformation numérique pour faire face aux circonstances. Il faudra « ne rien en perdre, consolider, relocaliser. Il y a un savoir-faire français, il faut continuer à aller de l’avant ».

Aider à produire en France

Le président a rappelé que l’on n’était pas au bout de la crise, que l’agriculture a beaucoup souffert, des sécheresses, par exemple, plus récemment du gel. Un fonds d’un milliard d’euros d’aide a été constitué « et sera complété ». Il a promis de continuer à améliorer la profession, la loi Egalim représentant une étape qui doit aller plus loin.
Se projetant dans l’avenir, il a appelé les professionnels à s’organiser, à mieux répartir la richesse créée entre les différents acteurs, production et distribution, ce que vise la loi Egalim, mais aussi en définissant un nouveau modèle qui « doit aider à produire en France. Il faut retrouver un maillage d’entreprises sur le territoire pour redonner du sens. La prospérité mal maîtrisée qui détruit, ce n’est pas bon ».

Il veut aussi que les jeunes, victimes économiques de la pandémie, soient les premiers à bénéficier des embauches lors de la reprise de l’économie, en particulier en consacrant une partie de l’argent à la relance de l’apprentissage. Une grande initiative de cet ordre dans le secteur de la gastronomie est aussi en prévision.

Pour la filière horticole, Mikaël Mercier (à droite sur la photo), président de Val’hor, accompagné de Marie-Laure Rauline, pour la FNPHP (à sa droite), et Florent Moreau (tout à gauche), président de la Fédération française des artisans fleuristes, ont particulièrement apprécié la reconnaissance accordée par le président de la République à la filière horticole. ©P. Fayolle

La filière horticole n’avait jamais été aussi bien valorisée

Les professionnels de la filière horticole présents à la cérémonie, Mikaël Mercier, président de Val’hor, Marie-Laure Rauline, pour la FNPHP, et Florent Moreau, président de la Fédération française des artisans fleuristes, entre autres, ont particulièrement apprécié le discours du président.
Mikaël Mercier a vivement remercié le président d’avoir inscrit les fleurs et plantes dans la liste dite positive, permettant l’ouverture des jardineries, fleuristes, producteurs détaillants, etc. Il lui a demandé si cette décision lui avait été reprochée, ce qui n’a pas été le cas selon Emmanuel Macron. Cette décision « a été déterminante et positionne la filière parmi celles qui compteront à l’avenir », estime Mikaël Mercier.

Par ailleurs, l’ensemble des professionnels du secteur sont satisfaits que le discours d’Emmanuel Macron ait repris les éléments dessinés par le comité stratégique de l’interprofession : Fleurs de France, numérisation de la filière, relocalisation des productions, attrait des métiers pour les jeunes, filière d’avenir… « Jamais nous n’avions eu une telle reconnaissance, a conclu Mikaël Mercier. Au cœur d’une saison particulièrement dynamique, la filière horticole voit actuellement nombre de ses feux passer au vert, c’est au moins aussi agréable que le plus beau des brins de muguet ! »

Voir également notre diaporama : «Élysée, 1er mai : la filière offre son traditionnel bouquet de Muguet au couple présidentiel».

Pascal Fayolle