Hervé Piétra, expert-conseil en matière de ravageurs des palmiers et président de l'association « sauvons nos palmiers » (SNP), regroupant des propriétaires privés de palmiers.

Pouvez-vous nous présenter votre association ?L'association SNP agit contre les ravageurs de palmiers depuis 2011. Nous avons maintenant 330 adherents, 800 destinataires de notre newsletter, un site très actif, www.sauvonsnospalmiers.fr, une veille documentaire quotidienne unique en France, et, depuis 2012, 636 articles ou posts publies et 284 000 visiteurs reçus. L'association est de toutes les manifestations et colloques dédiés. Nous sommes au contact du ministère de l'Agriculture, de l'Agroalimentaire et de la Forêt, des collectivites, des représentants de la commission européenne et de la recherche (Inra, Cirad, IRD...). Enfin, l'association siège au comité de pilotage CRP (charançon rouge des palmiers) Paca. Son expertise : le conseil et la communication.

Dans quel état d'esprit êtes-vous, alors que les palmiers sont aujourd'hui menacés à la fois par le papillon Paysandisia archon et par le charançon Rhynchophorus ferrugineus ? Nous sommes désabusés et en colère. Depuis cinq ans, nous dépensons une farouche énergie pour faire évoluer les choses, déplacer les lignes, donner de l'influence aux amoureux des palmiers. Sur ce simple plan, c'est tout de même un échec. À notre crédit cependant : avoir affirmé haut et fort l'importance considérable de cet enjeu et, par nos conseils, avoir permis à nos adhérents de protéger leurs propres palmiers.

Quel est votre regard sur la manière dont le sujet a été traité par les instances dirigeantes ? Au-delà de tous les beaux discours, il ne s'est quasiment rien passé. L'administration centrale, DGAL (direction générale de l'alimentation) et DRAAF (direction régionale de l'alimentation, de l'agriculture et de la forêt), s'est contentée de sporadiques rappels à la loi. Elle laisse tout le problème entre les mains des collectivités locales qui, jalouses de leur indépendance, n'ont pas fédéré leurs efforts. Selon un sondage de la Fredon, sur les 105 communes infestées au 31 décembre 2014, 52 % ne renseignent pas l'enquête. Pour un ravageur en lutte obligatoire, c'est tout de même surprenant...

Admettez tout de même que l'autre moitié ne se moque pas du sujet, et nous connaissons de nombreuses collectivités qui sont sensibles au problème. Comment auriez-vous traité ce dossier ? Oui bien sûr, il y a aussi des comportements vertueux, mais il fallait qu'un comité de pilotage accompagne ce dossier au niveau national sous l'autorité d'un chargé de mission ministériel. Ce dernier devant vérifier le bon fonctionnement des comités régionaux et, en relation avec l'Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire), l'application et l'efficacité des différentes stratégies. Et éventuellement, modifier ces stratégies. Il fallait soutenir la recherche pour des solutions biologiques pérennes. L'impulsion donnée par le ministre au cours de l'été 2013 n'a pas suivi sur le terrain. Ça a été une grande désillusion pour notre association. Nous l'avons évoqué (le Lien horticole n° 957 du 27 janvier 2016, p. 9) lors d'un reportage à Nîmes (30) et vous avez renchéri dans un courrier des lecteurs (le Lien horticole n° 966 du 30 mars 2016, p. 8), l'interdiction des spécialités chimiques l'année prochaine représente une menace pour les palmiers... Nous sommes particulièrement préoccupés par cette perspective. Pour le charançon rouge, les menaces sont réelles sur le Confidor (néonicitinoïde), seul insecticide autorisé. En 2017, si le Paysandisia archon ne change pas de statut, il faudra rendre les armes. Les solutions biologiques existantes sont critiquées. Cela concerne les conditions de mise en oeuvre pour les nématodes (leur efficacité ne correspond plus au haut degré d'infestation). Et pour Beauveria, il existe un produit, l'Ostrinil uniquement habilité pour le papillon. Il est cher et sa diffusion réservée à certains professionnels. Il y a beaucoup d'autres pistes possibles (1). Nous avons, sur notre site, tenté de montrer des champs possibles. Mais il est clair que sans l'appui de la DGAL et de l'Anses, rien ne sera possible. Il faut encore alléger le cadre des expérimentations en donnant leur chance à des start-up.Mais il est également nécessaire de reprendre ce dossier au niveau européen, et de lancer un programme Palm Protect n° 2, délibérément orienté sur la recherche appliquée.

Comment les gestionnaires avec lesquels vous êtes en contact envisagent-ils l'année 2017 ? La perspective de 2017 commence à inquiéter sérieusement les collectivités, si j'en juge par le nombre de colloques et de réunions sur le sujet actuellement. Même si l'administration ne veut pas l'avouer clairement, les moyens de substitution n'existent pas encore. L'aspect économique est oublié dans un contexte de crise des finances locales. Pour les gestionnaires de domaines privés, je pense en particulier aux jardins botaniques, ils abandonnent en grande majorité la lutte biologique pour manque d'efficacité, pour revenir au phyto : protection de base, injection, produit Revive de Syngenta, surveillance avec du piégeage et en période « de pointe » du Confidor. Le facteur prix complique encore l'exercice, pas pour le Confidor ni pour les pièges, mais pour le Revive de Syngenta : pour nous, la politique marketing de cette firme manque de visibilité.

Si demain, le patrimoine de palmiers venait à subir une érosion notoire, votre association aurait-elle encore une raison d'être ? C'est à notre conseil d'administration d'en décider. Personnellement, il me faudra résister à la tentation de réaliser le « livre noir du charançon rouge ! »

(1) > http://www.sauvonsnospalmiers.fr/spip.php?article1251 Le Nanma du Kérala> http://www.sauvonsnospalmiers.fr/spip.php?article1217 L'olfaction Inra Versailles> http://www.sauvonsnospalmiers.fr/spip.php?article1239 Les pièges intelligents> http://www.sauvonsnospalmiers.fr/spip.php?article1222 Azasol et Treeazin> http://www.sauvonsnospalmiers.fr/spip.php?article1197 Le Smartphone acoustique.

Propos recueillis par Pascal Fayolle