La phrase « Plus rien ne pourra être comme avant » est souvent employée à tort et à travers. Il suffit de se rappeler ce qui a été décrit du « monde nouveau » aux pires moments de la pandémie de Covid-19 et de voir comment les modes de vie d’hier sont en train de ressurgir –alors que l’on n’en est toujours pas sorti – pour s’en convaincre.
Le « moins consommer » ou la proximité sont toujours de la plupart des conversations, mais à condition de pouvoir voyager de nouveau, de se déplacer sans contrainte, même dans les villes surchauffées (la mise en place des limitations de circulation dans les grosses agglomérations sont encore loin de faire l’unanimité)…

Pour le plastique, la chanson pourrait ne pas être la même. Un peu comme pour les produits phytosanitaires, dont l’opinion a un jour fait sa cible et dont l’utilisation a été sinon réduite de manière vraiment significative, du moins profondément modifiée.
Rares sont aujourd’hui les professionnels de la filière à ne pas avoir conscience qu’il pourrait vite y avoir une contradiction à vendre un produit tendance, le végétal – paré de toutes les vertus pour apporter des solutions au changement climatique, pour rafraîchir les villes, pour embellir le cadre de vie... –, tout en mettant sur le marché un déchet jugé nocif et pour lequel peu de solutions de recyclage sont disponibles.

Pour éviter l’emballement le jour où l’opinion publique se focalisera vraiment sur le pot plastique, mieux vaudra avoir des réponses. Il est donc urgent de mettre en place des solutions. Le monde de la plasturgie, qui peine à trouver de la matière recyclée pour tenir ses engagements d’intégration de matière réutilisée dans les produits qui sont commercialisés, l’appelle d’ailleurs de ses vœux (Le Lien horticole n° 1118 de septembre 2022, page 32).

Anticiper les évolutions de la société

Parfaitement consciente du problème, l’interprofession Valhor s’est saisie du dossier et travaille avec les organismes spécialisés dans le recyclage ainsi qu’avec les collectivités territoriales pour mettre sur pied des itinéraires de collecte des produits. Mais le sujet est épineux, d’un point de vue technique comme législatif.
Parallèlement, des initiatives individuelles voient le jour, qui ont chacune le mérite d’exister et qui constituent de formidables outils de communication pour la profession.

La bonne nouvelle est donc qu’il y a convergence de vues désormais pour avancer. En cas de turbulence médiatique, la profession aura des arguments à opposer : produits recyclés, collecte en cours de constitution… C’est d’autant plus important que la législation va rapidement évoluer, en 2025, et que plus une profession anticipe ces échéances, plus elle a de chances d’éviter de se retrouver confrontée à des solutions radicales !

Les prix vont rester soutenus, même si la demande baisse

Comme les producteurs, les fournisseurs de poterie plastique ont connu une année atypique. La demande a été très forte au cours de la seconde partie de 2021, puis s’est essoufflée début 2022, en particulier après le déclenchement de la guerre en Ukraine. Assez unanimes sur le sujet, les fabricants pensent qu’elle devrait rester sage en 2022.

Poussés par une année 2021 exceptionnelle, les horticulteurs ont, dans l’ensemble, augmenté leurs mises en culture de manière significative l’hiver dernier. Or le printemps 2022 ayant été loin du précédent en termes de ventes, une bonne part de ces productions supplémentaires ont été jetées. Les producteurs ont récupéré les pots et disposent donc de stocks, estiment les fournisseurs. Les mises en culture seront aussi plus raisonnables, surtout pour les plantes gourmandes en énergie : certains n’hésitent pas à prévoir des pénuries de certains produits, les poinsettias pour Noël, par exemple, si le prix du fioul ne baisse pas. Les gros faiseurs européens ne verraient pas comment équilibrer leurs coûts avec une énergie vendue aussi cher.

Les fournisseurs les plus pessimistes tiennent à prévenir leurs clients qu’ils devront anticiper leurs commandes et que les prix pourraient rester hauts en raison du prix élevé de la matière première, de l’énergie (la production de pots en est grande consommatrice car il faut chauffer la matière puis la refroidir vite), voire des coûts de main-d’œuvre en hausse…

Pour en savoir plus : les autres articles du dossier…

- Les fournisseurs en manque de plastique recyclé
- Le recyclage avance
- Dans les réseaux, des initiatives individuelles

NB : Dans ce dossier ne sont pas nommément cités les interlocuteurs ayant livré des informations. Néanmoins, que soient remerciés Éric Chapelu (Chapelu Frères), Philippe Fuhrer (Pöppelmann), Nicolas Monaci (Tarpin-Chavet), Philippe Cohu (Soparco), Roselyne Séchal (CEP agriculture), Elho, Modiform, Terraplast, Desch...

Pascal Fayolle