Le changement climatique se manifeste par un dérèglement généralisé des phénomènes saisonniers avec des conséquences visibles sur le cycle des plantes. C’est ce thème que la Société nationale d’horticulture de France (SNHF) a choisi d’aborder pour son colloque scientifique annuel : « Le dérèglement climatique : un défi pour les plantes ». Le conseil scientifique de la SNHF a invité plusieurs spécialistes pour réfléchir aux réponses scientifiques et techniques à apporter à une évolution dont la rapidité dépasse peut-être la capacité de résilience et d’adaptation des cultures. Ce colloque s’est tenu en mai et juin 2021 sous forme de webinaires, le dernier ayant eu lieu mardi 22 juin. Pour ce dernier, un focus était fait sur la lavande, l’arboriculture et les gazons.

Dans les espaces verts, par exemple, les sécheresses estivales entravent la pérennité des gazons. Les terrains de sport sont aussi touchés, avec des répercussions sur l’entretien. Christophe Galbrun, sélectionneur recherche gazon chez DLF, a décrypté lors de ce webinaire les évolutions des ventes dans les gazons et les efforts de sélection mis en œuvre.

Évolution dans les ventes de gazon

« Trois espèces représentent 97 % des ventes de gazon en France : le ray-grass, les fétuques rouges et les fétuques élevées », relate l’expert. Si celles de ray-grass anglais sont constantes, celles des fétuques fines diminuent, contrairement à celles des fétuques élevées, qui augmentent. Ces espèces sont en effet plus tolérantes à la sécheresse grâce à leur profondeur d’enracinement, sont plus tolérantes à la chaleur en comparaison avec les ray-grass et fétuques fines, et elles résistent globalement bien aux maladies.

« D’autres espèces commencent à se développer, comme les fétuques ovines – qui appartiennent aux fétuques fines – et les micro-légumineuses comme la luzerne rampante et le trèfle blanc nain par exemple. Ces dernières ne conviennent pas forcément aux gazons intensifs comme les terrains de sport, mais sont adaptées aux espaces verts », explique Christophe Galbrun.

Sélectionner des variétés adaptées au changement climatique

« Avec le dérèglement climatique, nous ne sommes pas à l’abri d’hivers froids, rappelle le sélectionneur. Donc utiliser des espèces méditerranéennes ou tropicales dans des régions plus au nord n’est pas forcément pertinent. »
L’agressivité vis-à-vis des adventices, la tolérance aux maladies, à la sécheresse et à la chaleur sont les principaux critères de sélection des gazons.
Pour mettre au point ces nouvelles variétés, les sélectionneurs misent sur les pépinières et réseaux d’essai, mais aussi sur les nouveaux outils de mesure, comme les sondes, et sur diverses méthodes de sélection (phénotypage par drones, génomique…).

Deux autres cultures ont été abordées pendant ce webinaire : les arbres fruitiers et la lavande. Pour Jean-Luc Regnard, chercheur à l’Inrae de Montpellier (34), la prise de conscience dans la filière de l’arboriculture a été tardive. Bert Candaele, directeur du Crieppam (Centre régionalisé interprofessionnel d’expérimentation en plantes à parfum aromatiques et médicinales), a évoqué les axes retenus par la filière pour faire face aux conséquences du changement climatique : replacer l’agronomie au centre et améliorer les sols pour plus de résilience, réduire les énergies et les intrants, et la sélection variétale.

Léna Hespel