Made in France et géothermie, duo gagnant

Près de Lodève (34), l’entreprise Naturalys a choisi d’élargir son activité vers la plante verte à la demande de la distribution. Un choix qui s’est vite avéré payant.

Créée il y a une quinzaine d’années par deux as­so­ciés près d’Avignon, à L’Isle-sur-la-Sorgue, dans le Vaucluse, avec l’idée de produire des fleurs coupées ou des plantes stabilisées, voire aujourd’hui des terrariums plébiscités par les consommateurs, la société Naturalys est référencée auprès de nombreuses enseignes de la distribution spécialisée en France, Botanic, Truffaut, Sevea, etc.

Outre son centre de production historique, l’entreprise a ouvert en 2014 un second établissement situé à Lodève (34), au nord de Montpellier, plus spécialisé dans la production de tableaux de verdure ou de murs végétalisés (lire l’article du Lien horticole n° 1107 de juillet-août 2021, p. 42- 43). Ce site anciennement occupé par l’entreprise Les Serres du Lodévois a la particu­larité d’être chauffé grâce à la géothermie.

Cette caractéristique a vivement intéressé la distribution, aujourd’hui confrontée à de nouveaux enjeux sociétaux. Notamment celui de répondre à l’attente des consommateurs plébiscitant le made in France et souhaitant des plantes ayant été produites avec un maximum de respect de l’environnement. Les débats annuels au moment de la Saint-Valentin sur les roses venues d’Afrique ou d’autres contrées lointaines et supposément lourdement chargées de produits phytosanitaires interdits en France en dit long sur la nécessité de modifier les pratiques !

Un site français chauffé par géothermie et donc sans énergie fossile : les enseignes ont vite compris l’intérêt de pouvoir ainsi accompagner le retour en grâce des plantes vertes. Cela a permis, par exemple, à Botanic et Truffaut d’annoncer dans le courant de l’automne dernier une offre de plantes vertes labellisées Fleurs de France dans leurs magasins...

« Nous avons identifié une attente des enseignes »

David Cussol, le responsable qualité de Naturalys, qui dirige l’établissement de Lodève, raconte le dérou­lement de la mise en place de cette nouvelle culture de plantes vertes françaises. « Nous avons été sollicités par les enseignes. Nous avions identifié qu’il y avait une attente de leur part. Nous avons alors demandé à Éric Bellet, qui dirige aujourd’hui Les Serres du Lodévois – l’établissement horticole créé par son père il y a des années –, de mettre en culture, dans son second site his­torique, au Puech (34), une gamme de plantes dites d’intérieur. Dans ce village, à une dizaine de kilomètres de Lodève, sa serre a un atout essentiel par rapport au nôtre : il dispose d’une source d’eau qui est encore plus chaude. »

Celle-ci sort en effet d’un puits artésien à 52 °C et doit bien sûr être mélangée à de l’eau plus froide avant d’être dirigée vers la serre. Ensuite, le système mis en place est d’une simplicité absolue : l’eau tiède circule dans des gaines en plastique posées au sol, sur lesquelles sont placées les cultures. La pente est calculée pour que l’eau circule parfai­tement par gravité dans tout le site. Lorsque la température commence à descendre, en octobre, le captage de l’eau débute. Il suffit d’amorcer, puis l’eau qui coule est exploitée jusqu’au printemps. Celle-ci contenant entre autres du soufre, elle ne peut être utilisée pour l’irrigation mais se révèle parfaite pour chauffer les cultures. Elle est rejetée après refroidissement en aval du site de production. Son utilisation fait l’objet d’un permis d’exploitation et d’une surveillance de la part de la Dreal*.

Des pots de 10,5 pour un beau produit à prix attractif

Éric Bellet a effectué les premières mises en culture en novembre 2020. Les essais se sont avérés concluants. Dès mars 2021, une troisième série d’essais a donné lieu aux premières ventes. Des mises en culture sont réalisées toutes les deux semaines, pour des cycles de douze semaines.

Le choix de pot qui a été fait pour la gamme de plantes vertes est le 10,5. Cette taille permet de proposer un beau produit à un prix attractif. « En pot de 12, la qualité du produit fini n’est guère supérieure et le coût de revient est plus important, en particulier en raison de l’occupation de place plus importante », précise David Cussol. Il faut aussi dire que tout le système de culture était auparavant destiné à des productions de dipladénias en pots de 10,5, l’utilisation des surfaces a donc été dès le départ optimisée pour des pots de cette taille.

La gamme proposée, travaillée avec les enseignes, compte au total une vingtaine de taxons. « Elle est en partie dictée par ce que nous pouvons produire. Il y a des variétés qu’il serait intéressant de proposer mais que nous n’arrivons pas encore à cultiver correctement, poursuit David Cussol. Actuellement, nos es­pèces phares sont les Tradescantia, Chlorophytum, en différentes variétés. » Les classiques qui reviennent à la mode, donc ! Et la demande pour des Schefflera, Hedera ou As­paragus est forte également.

« Nous nous sommes vraiment questionnés avant de faire ce genre de plante ! » sourit David Cussol. Mais des variétés parfois peu connues sont aussi en culture, à même de provoquer un coup de cœur du consommateur en magasin. À noter : des taxons sont produits en exclusivité pour une enseigne, quand d’autres sont ouverts à toutes…

Objectif : 600 000 à 700 000 plantes finies/an

Reste la difficulté de l’approvisionnement en jeunes plants. Pour l’instant, ils viennent généralement des Pays-Bas. De plus, il n’est pas simple de se faire une place auprès des fournisseurs ! L’entreprise est donc en train de se constituer une collection de pieds-mères et prélève parfois des boutures afin de devenir plus autonome. Mais il faut là aussi apprendre à maîtriser le processus de multiplication, ce qui n’est pas toujours évident.

Chaque semaine, les plantes commercialisables sont expédiées du site de production vers l’établissement de L’Isle-sur-la-Sorgue pour la préparation finale, puis de là sont expédiées avec les autres plantes de l’établissement chez les clients.

Naturalys n’a pas encore atteint son régime de croisière pour la production de plantes vertes. La perspec­tive de 600 000 à 700 000 plantes finies à quitter l’établissement tous les ans devrait être réalisée prochainement. Pour l’entreprise, cette production se montre intéressante car elle complète les autres activités maison, les murs végétaux ou terrariums. Elle avance donc vers son objectif en se disant qu’elle peut à tout moment se réorienter, d’autant que la volonté d’Éric Bellet de céder son établissement pourrait l’amener à regrouper ses différentes activités des deux entités de Lodève au site du Puech. Ici, la production de plantes vertes est encore trop neuve pour pouvoir dégager des perspectives de développement à très long terme. Mais l’intérêt de répondre à un engouement nouveau a été saisi et intégré dans un processus technique rodé. À suivre !

P. F.

*Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement.

- Pour l’instant, le jeune plant vient surtout des Pays-Bas. Pas simple de se faire une place auprès des fournisseurs­­­ !­

- De l’automne au printemps, le chauffage est assuré par géothermie, l’eau chaude circulant dans les gaines plastique situées sous les plantes.

- La gamme proposée, travaillée avec les enseignes, compte une vingtaine de taxons.

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