Substrats Ça flambe sur plusieurs fronts !

Si, de l’aveu des fournisseurs, les produits devraient bien être disponibles, à condition de ne pas attendre la dernière minute pour commander et d’y mettre le prix, le secteur des substrats cumule les embûches ces derniers temps...©P. Fayolle
Si, de l’aveu des fournisseurs, les produits devraient bien être disponibles, à condition de ne pas attendre la dernière minute pour commander et d’y mettre le prix, le secteur des substrats cumule les embûches ces derniers temps...©P. Fayolle

Le prix des substrats flambe. Comme celui de tous les intrants, évidemment. Mais cette hausse a la particularité d’être engendrée par des causes plus diverses. Des origines qu’il vaut mieux connaître pour pouvoir ajuster les comportements et les choix techniques concernant les cultures.

Existe-t-il actuellement un secteur de fourniture qui ne soit pas tendu ? Dans le sillage de l’énergie, les pots (Le Lien horticole n° 1118) ou le matériel, pour ce qui concerne le secteur du végétal, mais aussi l’alimentation, l’automobile ou le verre, par exemple, sont dans la tourmente. Dans ce contexte, dire que le marché des substrats est compliqué relève un peu du pléonasme. Et ce n’est pas forcément la première épine qui va se planter dans le pied de la filière au cours de l’hiver. Chauffer des abris de culture ou remplir le réservoir des véhicules pour se rendre dans les chantiers pourrait bien s’avérer plus ardu et plus lourd en termes de trésorerie.

Pourtant, même si – de l’aveu même des fournisseurs – les produits devraient bien être disponibles, à condition de ne pas attendre la dernière minute pour commander et d’y mettre le prix, le secteur des substrats cumule les embûches ces derniers temps. Aux regards suspicieux des défenseurs de l’environnement sur l’usage de la tourbe, qui n’est pas nouveau, viennent s’ajouter les problèmes de transport, compliqués depuis la crise Covid, puis tout récemment des soucis d’extraction de tourbe pour des raisons climatiques. Or le substrat constitue, avec les pots, le jeune plant et le contrôle du climat, la base de la mise en place des cultures.

Selon de nombreux témoignages, les poinsettias pourraient manquer à Noël car nombre de gros opérateurs du nord de l’Europe rechignent à engager la dépense que constitue cette culture exigeante en chauffage, de peur que les prix de vente ne puissent compenser les surcoûts. Certaines lignes de produits pourraient être difficiles à trouver faute de jeune plant. Et voilà que les feux de forêt pourraient menacer l’écorce de pin, que les conditions climatiques remettraient en cause la collecte de tourbe, que la demande grandissante de bois de chauffage rendrait compliquée l’idée, pourtant séduisante, de la remplacer – car c’est un produit non renouvelable à l’échelle d’une génération – par de la fibre de bois, plus facile à rendre abondante et disponible.

Bien connaître pour mieux anticiper

Il faut évidemment distinguer ce qui relève de l’exceptionnel, en l’occurrence une année chaude et sèche à l’échelle de l’Europe qui ne se produira pas tous les ans, même si on sait que le phénomène sera de plus en plus fréquent, de ce qui est plus structurel, à savoir la volonté de se tourner vers des sources de produits plus durables, dont le bois fait partie. Celui-ci est donc amené à devenir plus cher, à long terme.

On peut aisément imaginer que la période compliquée par l’incertitude quant aux approvisionnements qui vient de s’ouvrir – la fin de l’abondance, selon le président de la République ! – va s’inscrire dans la durée et conduire à des remises en question régulières. Pour mieux adapter les comportements à ces ajustements permanents, il importe de bien connaître les spécificités de chaque domaine d’approvisionnement !

3,5 millions de tonnes par an en France, une forte croissance à venir

À l’occasion du congrès mondial IHC, qui a eu lieu à Angers (49) en août, Afaïa, syndicat professionnel des acteurs de la filière des supports de culture, paillages, amendements organiques, biostimulants, engrais organiques et organo-minéraux, a présenté un poster reprenant les chiffres des marchés français et européen des substrats. Afaïa compte parmi ses adhérents quelque vingt-cinq fournisseurs de l’Hexagone dégageant un chiffre de 300 millions d’euros et employant environ 2 000 personnes.

Le marché des substrats en France est estimé à 3,5 millions de tonnes, dont 1,2 million pour le marché professionnel. Sur ce segment, 32 % des produits vendus sont exempts de tourbe, un ratio qui monte à 59 % sur le marché amateur.

Pour les deux secteurs, la tourbe représente près de 55 % des produits inclus dans les substrats, devant un triptyque d’écorces, de bois défibré et de coco, entrant à près de 31 % dans la composition. Au niveau européen, le marché est de 37 millions de mètres cubes, dont 14,9 Mm3 pour le marché amateur et un peu plus de 22 Mm3 à destination des professionnels. La tourbe « pèse » davantage au niveau européen : elle est présente à 86 % dans les substrats professionnels et à 69 % dans ceux pour les amateurs. En France, les professionnels représentent un tiers du marché, contre 42 % à l’échelle continentale.

Une étude néerlandaise avance que le marché pourrait être multiplié par quatre d’ici 2050, poussé par de nouveaux débouchés, parmi lesquels l’agriculture urbaine, par exemple. Selon cette étude, la demande de tourbe pourrait croître de 250 %, celle de coco, de 700 %, quand celle d’écorce serait multipliée par dix ! Mais c’est la demande de fibre de bois qui serait le plus en hausse, à 1 250 % !

Pour en savoir plus :

. Le marché des substrats particulièrement tendu, LH n°1119
. Le dur chemin des alternatives à la tourbe

Pascal Fayolle
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