À la suite de l’évolution réglementaire concernant la loi Labbé, plusieurs organismes dont le CNFPT (Centre national de la fonction publique territoriale) et Plante & Cité ont organisé une série de webinaires sur cette thématique, afin de mieux comprendre ses conséquences sur la gestion des espaces publics, en faisant un focus sur certains lieux. L’un d’entre eux était consacré au zéro phyto dans les cimetières.

De plus en plus d’interdictions

L’arrêté du 15 janvier 2021* élargit en effet l’interdiction de produits phytosanitaires à partir du 1er juillet 2022 dans tous les lieux fréquentés par le public ou à usage collectif. Dès cette date, il ne sera plus possible d’utiliser des pesticides dans les cimetières, sauf les produits de biocontrôle, ceux à faibles risques et ceux autorisés en agriculture biologique.
Si le cimetière est assimilable à un parc, des restrictions s’ajoutent. Pour mémoire, celles relatives à la nature du produit complètent des celles, préexistantes, relatives à la toxicité du produit (la loi de 2011). Certains produits autorisés dans le cadre de la loi Labbé sont interdits dans le cadre de cette loi de 2011.

De plus, des zones de non-traitement (ZNT) sont à respecter près des points d’eau ainsi qu’à proximité des zones habitées .

Se donner les moyens de passer au végétal

Ces mesures impliquent une évolution des pratiques dans les cimetières. « Aujourd’hui, la majorité des cimetières sont minéraux », remarque Sandrine Larramendy, paysagiste chargée d’étude chez Plante & Cité. Dans une enquête, l’association révèle que 67 % des répondants souhaitent faire évoluer le paysage du cimetière vers une présence plus forte du végétal.

Pour aller dans ce sens, il est nécessaire de réaliser un diagnostic préalable, pour faire le point sur les moyens humains, techniques et financiers…
- Combien d’heures sont dédiées actuellement au cimetière ?
- Quel est le budget annuel alloué à l’entretien ?
- De quel matériel dispose-t-on ?
- Quelle est la formation des agents ?
Mais aussi faire le point sur le paysage…
- Quel est le patrimoine végétal existant ?
- Quel est le paysage sous terre, à la surface du sol, au-dessus ?
- Quels sont les revêtements de surface ?
- Quelles sont les pratiques d’inhumation ?...

Il faut se donner les moyens humains, financiers et de formation pour passer vers un modèle « zéro pesticide ». Il est également nécessaire de faire évoluer l’acceptation de la flore spontanée, en sensibilisant les familles, notamment.

Enherber, planter et fleurir

Certaines communes décident d’enherber les cimetières. Mais selon la configuration de chaque lieu, il faut bien choisir quels espaces (allées principales, secondaires, intervalles entre les tombes…), et avec quel type de plante.

En parallèle à l’enherbement, la commune peut décider de planter et fleurir le cimetière à des emplacements stratégiques : les entrées, les abords des allées, le pied des arbres, l’intérieur des espaces d’inhumation, le pied des murs, les espaces entre les tombes…

Certaines communes vont encore plus loin en labellisant les cimetières EcoJardin.
« Il y a souvent quelques années de tâtonnements, prévient David Philippart, directeur de la Fredon** Normandie. Les visiteurs ne doivent pas penser qu’il s’agit d’un abandon de poste, mais bien d’un changement de stratégie. Et cela passe par la communication. »

A lire aussi sur le sujet :
- Zéro phyto : se passer de pesticides dans les terrains de sport ;
- Zéro phyto : se passer de pesticides dans les espaces privés.

Pour en savoir plus :
. Extension de l’interdiction des phytos
. Les cimetières vivants en Île-de-France

Léna Hespel

*Arrêté du 15 janvier 2021 relatif aux mesures de protection des personnes lors de l’utilisation de produits phytopharmaceutiques dans les propriétés privées, les lieux fréquentés par le public et dans les lieux à usage collectif

**Fédération régionale de défense contre les organismes nuisibles.

Pour voir ou revoir ce webinaire